Voilà! La ChMZ en français

Objavljeno Sep 8, 2015 u Blog

Voilà! La ChMZ en français

Za potrebe ovogodišnjeg LitLink festivala iliti treće po redu Književne karike, koja je u fokusu imala francuske izdavače i autore, trebalo je prevesti dijelove ČMZ-a na francuski. Prevoditeljica je Ivana Klarić - amusez-vous! Možete li pogoditi o kojem se dijelu knjige radi?

Une quinzaine de femmes, au moins, avaient quitté le village avec leurs enfants ; certaines avaient rejoint des parents ou cousins dans des villages environnants, d’autres étaient parties pour l’Autriche ou l’Allemagne. Quelques retraités nantis se seraient, eux, installés dans les thermes de Varazdin. Quant aux autres, ils continuaient à vivre au jour le jour, se félicitant de ce que leur village n’était pas mentionné aux informations. Cela aurait été une infamie.
Le village tout entier s’était rassemblé au terrain de football. Même les « collinois », ces gens qui vivaient par-delà les vignobles, à la lisière de la forêt, et intrinsèquement insolites, étaient descendus. Ceux-là ne finissaient pas l’école, se prêtaient aux unions consanguines, vivaient de la terre et du vin, mouraient jeunes et descendaient rarement au village. On racontait que certains d’entre eux ignoraient même l’existence de la Seconde Guerre mondiale car ils n’en avaient tout simplement pas été affectés. Hommes et femmes affichaient une grande ressemblance entre eux et s’habillaient comme si cela faisait vingt ans qu’ils ne s’étaient pas rendus en ville, à Cakovec. Ici, désormais, ils absorbaient en silence de grandes quantités d’alcool et ne riaient que quand quelqu’un tombait par terre ou lorsque les pompiers ont vu, au cours d’une démonstration, leur tuyau d’eau se déchainer à cause d’une panne. Les autres étaient soit assis sur des digues près de l’enclos du terrain, soit marchaient en rond, ballottés entre le bar et une poignée de stands vendant jouets en plastique et drapeaux croates. Puis, s’appuyant contre la clôture et tenant en main de la bière fraiche, ils écoutaient les plus bruyants parler de casernes et d’armement qu’il fallait dérober. Ils en parlaient comme si cela aurait lieu dans une contrée lointaine et comme si, de toute façon, rien ne pourrait arriver à un village regorgeant de damnation. Au début, celle-ci frappait poliment à la porte, attendant patiemment qu’on la lui ouvre, comme elle avait auparavant patienté pendant des années dans les ténèbres des cours intérieures des habitants. Plus tard, elle se mit à entrer par la force, par la négociation ou les disputes.

Désormais, les gens la laissaient entrer dans leurs foyers sans dire mot et sans opposer résistance. Ils lui ouvraient la porte sans même attendre qu’elle frappe, la laissant se mêler à eux et l’emportant partout avec eux.
Les gens participaient occasionnellement au programme bizarre que présentait la lycéenne Nevenka Brezovec, sœur aînée de Goran Brezovec. Sa déclamation élégante et expressive lui avait valu d’animer toutes les fêtes d’école. Sa tante travaillait à Radio Cakovec. Or, cette fois-ci, Canadi avait si bien aménagé le dispositif de sonorisation que l’on pouvait entendre au haut-parleur les défauts de prononciation de l’animatrice. Après que les pompiers locaux eurent démontré leur compétence à affronter tous les types d’incendie possibles, ce fut au tour des jeunes footballeurs de défiler en « noufeaux maillots acquis par le Gonseil populaire communal » et de se livrer à un mini-spectacle de jonglage avec les ballons. Ensuite, les minces comme les gros jouèrent au foot deux fois un quart d’heure. Mais au terme de la première mi-temps, tous étaient tellement recouverts de boue, que les pompiers avaient laissé derrière eux, qu’il fût impossible de distinguer les minces des gros. Après, les footballeurs ont tiré la corde contre l’association des chasseurs du village, ce qui aurait dégénéré en bagarre de poivrots si Djura, président du Conseil populaire communal, n’avait pas pris le haut-parleur pour exhorter le public à célébrer avec dignité l’indépendance de notre belle patrie. Puis l’hymne national fut entonné ; pendant ce temps-là, les collinois étaient restés assis, se contentant d’applaudir à la fin du chant. Le cochon de lait à la broche avait commencé à tourner et le vin rouge local au miel à couler, fameux breuvage alcoolisé dont la douceur du goût était un prétexte suffisant pour en servir aux enfants. Même le goulasch était en cours de préparation. Il y régnait l’odeur de mariage.
Finalement, Nevenka invita une nouvelle fois les gens à se diriger vers le goulasch, la tombola et Mlinaricova Jula, une veuve que le président du Conseil populaire municipal avait chargée d’apporter des plats faits maison puisqu’elle avait remporté la deuxième place au concours de pâtisserie de Cakovec, l’an passé. En effet, avec ses petits croissants de lune à la vanille et ses petits gâteaux aux noix et au chocolat en forme de bonnet russe, elle avait battu 17 femmes en provenance d’autres villages, sauf une de Senkovec, pâtissière de profession, parait-il. Jula avait obtenu son propre stand pour l’occasion. Au cours du volet artistico-culturel de la fête, je la regardais servir avec orgueil son vin au miel artisanal, ses illustres croissants de lune, ses petites bouchées de pâte et foie gras locaux, ses crêpes pannées et farcies aux cèpes, ses épis de maïs cuits à l’eau et son pain d’épices aux fruits confits. Mais, par le plus grand des hasards, personne n’avait visité son étal vingt minutes durant. Les gens s’arrêtaient seulement pour discuter avec cette brave femme qui s’obstinait à leur proposer à boire et à manger. Mais tandis que d’aucuns répondaient qu’ils passeraient plus tard, d’autres affirmaient qu’ils étaient encore repus du déjeuner. Une vingtaine de mètres plus loin, on servait le goulasch et quelle ne fut pas déception lorsqu’elle s’aperçut que les gens, là-bas, mangeaient dans des assiettes en plastique, tenant sous l’aisselle des tranches de pain semi-intégral du supermarché d’à côté. Mais elle continuait de sourire et de saluer les passants et, pour montrer que ses mets étaient exquis, saisissait toutes les occasions pour se gaver de gâteaux qu’elle arrosait ensuite de gorgées du vin sucré. Cette femme me fit tellement de peine que je finis par décider de consommer quoi que ce soit à son stand. Toutefois, après avoir fait à peine deux, trois pas en sa direction, je la vis soudainement se pétrifier, levant, immobile, la tête au ciel, puis tourner le dos à son stand, se pencher et s’appuyer sur les genoux pour, finalement, se mettre à vomir en abondance sur le sentier. Dans une main, elle gardait encore un morceau de viande pannée, comme si elle avait toujours l’intention de le finir.

Elle se tordait au rythme des flots rouge foncé. Après chaque jaillissement, elle crachotait deux, trois fois en soupirant, pour éjecter les restes de sa bouche. Un témoin s’était limité à dire « Olalala », dissimulant péniblement son dégoût. Les autres se taisaient, mais lorsqu’ils s’assurèrent qu’il s’agissait d’un réel vomissement, ils tournèrent simplement la tête. En tout état de cause, tous se sentaient mieux en compagnie de quelqu’un d’incapable de cacher sa souffrance.
Le groupe de musique « Glaçon chaud », qui se produisait généralement aux mariages, avait détourné l’attention de Jula. La foule s’était entre-temps amassée sur le terrain, les lycéens fumaient des clopes derrière la digue tandis que les jeunes couples dansaient timidement, attendant l’épisode de polka-country pour pouvoir, comme lors de mariages, se tapoter les fesses entre eux. Une bousculade agita les collinois qui se lancèrent dans une querelle, avec, pour langage, un meuglement guttural inintelligible. Miska déambulait de groupe en groupe, incitant les gens à la prière. Lorsqu’il comprit que tous s’en moquaient, il s’écria :

- Riez bien maintenant parce qu’aujourd’hui, une fois de retour à la maison et dans votre isolement, vous vous souviendrez de moi.
Après avoir erré encore un bout de temps, il s’assit près de France et moi, sortit son chapelet, se mit à réciter une prière en se balançant rythmiquement d’avant en arrière, et chassant du regard le curé de leur paroisse ainsi que Pisto et Djuro, lesquels, munis d’un petit verre de sauvignon, faisaient le tour des groupes de villageois pour leur demander s’ils avaient entendu ou appris quoi que ce soit.
– Longue vie, Joska. Bon, qu’est-ce que t’en penses, toi, de ce suicide ? T’as entendu quelque chose ? – voilà approximativement à quoi ressemblait leur travail de renseignement. On aurait dit qu’ils avaient organisé les jeux du village pour réunir les habitants et les enivrer en vue de leur soutirer des informations. Au début, ils étaient suivis par Zvonko Horvat Demokracija, un homme intelligent et constamment engagé, mais il les lâcha après une demi-heure. S’appuyant debout contre le vestiaire, il murmura avec faiblesse, le visage jaune :
- Quand on est nombreux, dur de remarquer combien on est étranges…

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